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Vendredi 2 janvier 2015
H24
Vendredi 5 décembre 2014 – 21h08 – au moulin
 

Il parait que les personnes qui n’ont vécu que la guerre, qui ne connaissent pas le calme de la paix, ne peuvent s’y habituer, et recherchent durant toute leur existence les remous du Réel, il parait que le corps devient dépendant de l’adrénaline qu’il secrète pour se protéger du danger ou de la douleur, et que comme Obélix, quand on est tombé dans une marmite de potion magique tout petit, les effets sont permanents, pour la vie.

Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, l’urgence, comme si les neurones ne savaient plus s’imprégner d’un autre acide. Quand on n’a que l’urgent en tête on ne fait que les trucs rapides, ce qui prend du temps est toujours remis à plus tard, quand le truc urgent s’arrêtera d’être urgent. Rejoindre le calme et les gens qui sont dedans est un voeu sans cesse ajourné.

Il parait qu’avec de l’obstination, une bonne détermination, fermeté, énergie, on peut tout faire, quand on veut. Dans Kill Bill, Uma Turman bouge ses pieds paralysés à force de volonté, peut-être qu’un gars qui a un doigt en moins, en se concentrant très fort, peut le faire repousser. Peut-être qu’on peut créer ce qu’on n’a pas et ouvrir l’impossible.

Si j’étais prisonnière, qu’est ce qui pourrait empêcher mon évasion ?
Pour certains prisonniers récalcitrants, l’issue existera toujours. Au pire, s’enfuir à l’intérieur de son propre cerveau, créer un monde dans tous ses détails, laisser la pulsion de vie se frayer un chemin.

Est-ce que le Paradis a été inventé par un habitant de l’Enfer ?

Regarder des films romantiques, lire des jolies phrases, les maximes dans les anthologies de sentences importantes que tout le monde doit connaitre pour savoir quoi faire dans les moments délicats de l’existence, Sometimes all you need is twenty seconds of insane courage, twenty seconds of just embarassing bravery, and I promise, that something great will come of it[1],  je faisais comme ils disaient, ma vie allait changer, dépasser les bornes est toujours une promesse. Le plus dur c’est de trouver une pensée pour y penser tout le temps, une bonne idée de pensée qui dure.
 

 


 
Les retours d’Enfer sont mal acceptés, comme s’ils étaient monstrueux en fait, comme les gens qui subissent des métamorphoses. C’est pas la blatte de Kafka qui dira le contraire. L’impensable c’est l’évasion.

Il faudrait une contre-disparition, faire disparaitre le regard des gens qui ne regardent pas, un genre de magie, entrer dans le miroir. On y inverserait les chocs, pour les annuler. La lourdeur serait légère, la densité vide, disparaitre une apparition, les désirs des réalités, le rêve une obligation.
Si je disparais, j’anéantirais le traumatisme. Avant, pour préciser le geste, on aurait envoyé au hasard du vent un ou deux objets pour voir, des sortes d’espions, en éclaireurs. S’ils reviennent en partie, même en petits morceaux morcelés difficilement reconnaissable, ça serait comme une démonstration par l’absurde, une preuve quasi scientifique. Disparaitre ne serait plus une illusion. Apparaitre à l’envers, le reflet du miroir se mettrait à exister. Est-ce qu’il aurait le droit de modifier la réalité, avec son identité de reflet ?  

Tout le monde sait que les illusions sont le secret des victoires, telle l’invincibilité - que l’on nomme la toute-puissance, en terme psychiatrique.
Qui est gêné de vivre avec une illusion ?

Contre-disparaitre serait l’opposition à l’envahissement morbide qui tels les trous noirs absorbe matière et lumière. Savoir que les miroirs existent change tout, on n'est plus jamais seul quand on a un bon reflet. Peut-être que les reflets sont comme les âmes sœurs, qui s’aident à être exactement ce qu’elles doivent être. Le meilleur abri c’est un deuxième cœur, en plus de celui qu’on a déjà.
 
 
 


 
Peut-être que dans le miroir, en l’observant bien, le reflet inversé me montrerait comment faire l’exact contraire opposé de mes actes et gestes, je ne forcerais plus le destin, je ne serai plus warrior tous les jours, ou guerrière, toutes choses qui effraient dans le corps d’une femme même si combattre n’est pas le privilège d’un homme, j’attendrais que le désir vienne me chercher, je le laisserais faire. L’impatience serait ma promesse, je ferais des trucs de princesse, rêver aux lèvres du chevalier, des trucs de déesse, des trucs de sirène, averses de phéromones pour tracer le chemin, des trucs d’amoureuse, secrets, murmures, je chuchoterai.

Si on se réveille à l’intérieur d’un reflet, comme le Jake d’Avatar on peut se mettre à courir alors qu’on n’a plus de jambes, habiter une autre vie, y rencontrer ceux qui vous disent I see you[2]. Annuler l’impossible ou le nier c’est pareil, à l’intérieur du conte de fées. Soon or later, you always have to wake up[3]. Au bout d’un moment c’est la réalité qui deviendrait le rêve, je choisirai une jolie pensée pour vivre avec. Et peut-être que cette pensée me choisira aussi.

Musiques, films, phrases, images, peintures, dessins, aubes et crépuscules,  au travers les émotions ressemblent à ce qui se passe quand on se penche au-dessus d’un vide, un mélange de fascination, la disparition de l’impossible, une percée, un lien, entre atmosphères. Si on peut l’atteindre, le vide offre le refuge des abandons, si on se laisse tenter par la confiance, si on laisse agir le vertige et l’aspiration, aller aux envies, contempler ce qui vous cherche, n’aies pas peur quand il te prendra par la main, pense au premier plongeon de ta vie, la première fois que tu as rencontré l’eau, toutes les premières fois, les vraies premières fois, celles des découvertes, le cœur qui bat, les mains moites, les idées tournent toutes seules dans la tête, tu réalises que la rive, ça y est, tu viens de la lâcher.

En rentrant dans le vide on trouve ce qui remplit. La partition est déjà dans les corps il parait, il faut imaginer un orchestre qui vibre, le son monte, les ondes se répercutent, le Réel aime les échos. Parfois, chance ou non, il arrive qu’on pénètre le vide à deux, ou avec l’aide de quelqu’un, plus rarement à plusieurs, mais ça arrive aussi. L’important, pour rester ensemble dans le vide, c’est de bouger de la même façon, se dépouiller de ce qui arme, se rappeler que le rapprochement protège les éloignements.  
Les moindres variations du rythme se propagent en boomerang dans un mouvement circulaire, quand le tracé est net les gestes oublient ce qu’ils font, ils n’appartiennent plus à personne ni à rien, même pas au vide d’où ils naissent, et se mélangent sans fusion. Peaufine les trajectoires, comme un poisson dans l’eau ou un oiseau dans le vent, ne résiste pas au courant. Ne rien attraper, ne pas retenir, rejoindre, attendre, n’emporte aucun verbe avec toi.
Sometimes your whole life boils down to one insane move[4].
 


 
 
 
Rien n’est invivable, seuls les morts arrêtent de vivre, même s’ils continuent à transmettre. Tu peux pas comprendre, tu peux pas savoir tant que tu l’as pas vécu, si tu savais, si tu savais, si tu savais : ces phrases concernent probablement les personnes qui ne peuvent pas soulever les mots de Primo Levi, ni ceux de personne, qui ne peuvent voir Les Liens invisibles de Selma Lagerlöf, et enferme ce qui ne se panse pas dans leur propre inconscience.

Mort psychique, le lieu de l’impensable, dit-on. Quand on passe par une cellule on sait qu’on existe, on n’a pas à le prouver. Sans existence on n’y passe pas. L’invivable se vit, l’impensable se pense, et le souvenir vingt-quatre heures sur vingt-quatre. L’anéantissement c’est si et seulement si on échoue à communiquer.

A mon avis, la seule façon de se débarrasser du Réel est la dilution, en déposer un peu ici, un peu là, quitte à rendre son entourage un peu gluant, et le reste du monde collant comme une trace de confiture sur le doigt. L’échec de la mentalisation est une théorie, comme l’idée qu’il existe des prisons dont on ne s’échappe pas, ou des forteresses inviolables. Il n’y a pas de limites à la représentation psychique, malgré le déni qui gangrène les failles narcissiques jusqu’à la nécrose.

A mon avis, la seule façon de gérer le Réel est le partage, oser les excursions, lui voler des bouts de jouissance, de plus en plus grands, en ramener des provisions, des morceaux entiers, organiser des expéditions de ravitaillement. Diluer les extases autour de soi, répandre l’amour, en faire une collection non limitée par le stockage, tartiner le monde, le recouvrir, si il faut.
 
 
 


Si j’étais prisonnière qu’est ce qui pourrait empêcher mon reflet de me délivrer ?
J’ai une collection de films, de la musique, des livres tapissent mes murs depuis toujours, d’innombrables dessins pleins de vide existent et je peux en voir certains, de jolies histoires sont rangées dans mon cerveau. Les périodes « sans » n’existent pas. Le Paradis est dans ma tête pour toujours.
 


myriam eyann
 
 
 

[1]  - Dans We bought a zoo (Nouveau départ) avec Matt Damon et Scarlett Johannson
[2] - dans Avatar
[3]  - dans Avatar
[4]  - Dans We bought a zoo
Track list
AWVFTS A winged Victory for the Sullen, groupe de musique eléctro belge
Atomos XI, album Atomos, octobre 2014
Je ne trouve pas l'extrait sur You tube, voici le teaser de l'album
http://www.youtube.com/watch?v=BXlkUSqneY8


Films

Kill Bill, réalisé par Quentin Tarentino 2003 - 2004
http://fr.wikipedia.org/wiki/Kill_Bill

We Bought a zoo (Nouveau départ), réalisé par Cameron Crowe, 2011
avec Matt Damon et Scarlett Johannson
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nouveau_D%C3%A9part

Avatar , réalisé par James Cameron, 2009
http://fr.wikipedia.org/wiki/Avatar_(film,_2009)



Livres et auteurs

Les liens invisibles, Selma Lagerlöff (1858 - 1940 ), nouvelles
http://fr.wikipedia.org/wiki/Selma_Lagerl%C3%B6f



 
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Humeur

Il y a des auteurs qui écrivent avec de la lumière, d'autres avec du sang, avec de la lave, avec du feu, avec de la terre, avec de la boue, avec de la poudre de diamant et enfin ceux qui écrivent avec de l'encre, les malheureux, avec de l'encre tout simplement.

Pierre Reverdy, Le livre de mon bord