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Vendredi 12 septembre 2014
Le nerf de la guerre

Samedi 19 juillet 2014 – 13h28 –Vitry
 
La créativité est –elle accessible à tout le monde ? Est-ce que tout le monde a les capacités de créer ? Tout le monde en a-t-il besoin ? Qu’est-ce que signifie créer d’ailleurs ? D’où provient l’acte créatif, quelle est son origine ? Créer est-il une passion ou une nécessité ? Quelle est la différence entre l’amateur et le professionnel ? Y-a-t-il autant de réponses et de nuances que d’individus créatifs ?
Toute réponse en carton est nulle et non avenue.
De temps à autre, une surchauffe d’oreille, vertiges associés, nausées, on se croirait dans les lacets de la grande montagne Un défaut de fabrication m’a ôté toute possibilité de filtre, je n’ai jamais bien compris, une histoire d’attache dans l’oreille interne, le centre de l’équilibre, un petit bitoniau manquant, un genre de caoutchouc, au cas où.
 
 
 
Trouver une solution acceptable à mon utopie personnelle justifie l’existence des questions précédentes. Passer mes journées à créer, ne faire plus que ça, dessiner, lire, écrire, réfléchir à mes projets, maquettes, esquisses, les creuser comme des galeries jusqu’à mon trésor, même en secret.
Les recadrages sur la rentabilité que doit comporter toute vie, la capitalisation, la réussite, tout ce qui pourrait concerner l’amoralité d’une telle activité et la caractérisation de paresse, d’inutilité sociale, de mégalomanie, d’inconscience, ou de rébellion, ne m’intéressent pas et ne répondent pas à la question posée.
Il ne me convient pas d’être incomprise, de croire à une part maudite qui me définirait, ou d’échafauder un mythe de personnalité farfelue et incontrôlable qui composerait mon identité.
Je me fous pas mal de tout ça.
J’aimerai ne pas me soucier du message transmis ou à transmettre, de ce qu’on pensera de mon travail, savoir si je plais ou non, si mes propos sont politiquement correct ou choqueront, faire partie du milieu artistique ou avoir les capacités à fondre parmi un cercle de pairs, les moyens de ne plus me soucier de mon loyer, ma nourriture ou mon confort, de mes vacances, ma santé, avoir les moyens de cette vie différente, vendre bien ou mal mes créations, avoir la bonne côte, faire le nécessaire pour me présenter, jouer le jeu, réaliser un chef d’œuvre ou être en train de le composer, y réfléchir ou l’envisager, y rêver ou en être hantée.
Je me fous pas mal de tout ça. Même si il faut résoudre les équations.
Pourquoi ce désir d’un dessin qui durerait le restant de mon existence ?
La réponse est ma clef secrète pour la première porte qui permettra d’accéder à la seconde, puis la troisième, et les suivantes. Construire mon projet sans qu’il soit perçu comme une fuite, un renoncement, une cachette usurpée et non méritée, ce que je veux, ce que je ne veux pas, les bornes à découvrir, au milieu de mes guides, en les oubliant parfois, pourtant, c’est ma propre vie que je construis. Ni autorisation, ni justification, mais reconnaissance.
 
 

L’argent je l’appelle le nerf de la guerre, le deuxième carburant, sans lui tout est différent.
Limiter les moyens et le confort est possible, il ne s’agirait que d’un crayon et d’une feuille (ma chance ! la peinture coute bien plus chère !), une ascèse sans doute tout à fait louable, les outils réduits à leur plus simple expression rendrait à la création artistique une fraicheur perdue dans la luxure - il faut lâcher le gros mot -  qui pervertit toute imagination.
L’argent seul peut procurer le temps et l’orgie de performances techniques qui repoussent les limites de ce qui peut être rêvé. On n’aurait pas construit les cathédrales, le radeau de la méduse, le plafond de la chapelle Sixtine, n’importe laquelle des sept merveilles, les carrières, les œuvres, on n’aurait rien fait.
Prendre place nécessite une énergie démesurée à certains moments. On voudrait presque croire que rester dans les cavernes est confortable. Etre de son temps, prendre son temps, durer dans le temps, conjuguer les temps, être de tous les temps, et le temps passe.
Pour l’endettement, on finit par adapter ses dépenses, il y a des années que je ne fais plus mes comptes - malgré ma formation je suis particulièrement mauvaise en calcul mental, demandez moi ce que font seize et vingt-et-un pour me faire craquer, il m’est impossible de dépasser le stade de l’addition. Non pas que je remette en cause ce que ça coute. Pour tout dire en fait, de plus en plus souvent, quand j’y pense, quelle que soit la dépense et l’achat, comprendre ce que je paye reste particulièrement confus. Ce n’est pas que je refuse d’y mettre le prix, ou une histoire de luxe, se payer ce qu’on ne peut pas s’offrir, je suis la seule à savoir jusqu’où peut aller ma solvabilité.
 
 

A mon avis, pour ce que ça vaut, n’importe quel individu voulant vivre de ses créations doit dénouer les énigmes, à sa manière, bonne ou mauvaise, choisir de les édulcorer, les galvauder, les laisser ouvertes ou fermées, tels les mystères.
La posture qui conviendrait serait une oscillation, un poids dans le ventre, une masse indélogeable qui permettrait de tanguer, avant, arrière, d’un coté à l’autre, sans jamais tomber, une sorte de Bidibulle.
Oublier les figures de l’artiste mélancolique, miséreux, vaillant, travailleur, trouver la joie, la paix, le calme, j’ose parfois penser à ce qui le précède, et à la suite, un sourire sur les lèvres.
Le terme vivre est inapproprié, je vis déjà de mes créations sans qu’elles n’assurent ma subsistance matérielle. On peut tourner le problème en tous sens pour ne pas avoir à se coltiner au reste, matérialité, moyens techniques, regard, reconnaissance, valeur, don sacré, talent, ou pire, la vocation. Un guerrier sans cheval ne part pas à la bataille, il peut rester à l’arrière et astiquer son armure, peaufiner ses plans de campagne, ou rêver que la guerre ne le concernera jamais.
Celui qui ne veut pas se prendre la tête qu’il se la prenne pas.
 
 

On ne crée pas pour vendre, mais pour créer il faut vendre. A part quelques exceptions, c’est historiquement notoire. Créer n’est pas ma passion mais ma nécessité. Le parasitage que constitue l’action d’y mettre un prix ou d’imaginer la moindre valeur à son travail, le temps perdu de toute façon dans une multitude d’obligations, l’histoire de la poule aux œufs d’Or, accepter qu’il y a un marché aux tripes (j’emprunte l’expression à Jean Rochefort), écouter ou faire la sourde oreille, se frotter à tellement de mauvaises ondes sur la fréquence qu’on n’arriverait plus à écouter celle sur laquelle on peut émettre, la perdre est un risque, la trouver également.
La qualité d’écoute dépend du matériel que l’on se paye, à bientôt 46 ans je sais ce que ça coute, et la hifi haute gamme est dans mes moyens, ça permet une finesse de réception agrandie, même si le temps de formation pour ajuster l’oreille interne est très long, et l’achat du bon décodeur impose un crédit sur vingt ou trente ans. Les appareillages d’oreilles sont une technologie de précision. Parfois, j’avoue, j’en profite, mais c’est quand même la moindre des choses. D’autres fois je chope une fréquence qu’il n’était pas prévu d’entendre. Tant pis. Il vaut mieux écouter que d’être sourd, même si il n’est pas utile d’être sur écoute en permanence - ça use les oreilles.
 

 
Peut-être est-il plus simple de ne rien résoudre, après tout, les efforts pour faire partie de ce qu’on n’est pas censé être, revendiquer une identité qui n’existe que pour soi, accepter inévitablement de paraitre à la plupart des yeux, et puis trouver les moyens, mettre la main sur ce put... de nerf de la guerre, si seulement on le vendait à la FNAC celui-là, au moins avec ma carte de crédit je me le serais payé ! A quoi bon, dénaturer mes gestes et mes intentions, affronter le contre-courant, tout ce qui empêche de nager librement, est ce que je suis assez solide, est ce qu’il y a assez de muscles dans un corps humain pour traverser la manche à la nage, pour renoncer il n’y a que des prétextes.
 
 

Certaines personnes ont de la crasse dans les oreilles. Il n’est pas question de propreté ici mais de moralité. On dit que c’est mal de ne pas se laver, on mélange tout, si le bien restait à sa place on saurait où le trouver. Ma sœur lance régulièrement la boutade, y’a que les gens sales qui se lavent.  Même en essayant de ne pas me laver, ça ne marche pas, le truc des oreilles bouchées, ça ne marche pas. 
 
Je n’aime pas nager, je n’aime pas les muscles, je n’aime pas les cartes de crédit, je n’aime pas le nerf de la guerre, je n’aime pas jouer, je n’aime pas les obligations, je n’aime pas les parasites et les guerriers sans chevaux, je n’aime pas les contraintes, je n’aime pas les questions et les équations, je n’aime pas le dédale des labyrinthes, je n’aime pas les réponses.
Aucun Stroumpf ne stroumpfe le Stroumpf Noir.
 


myriam eyann

 
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Il y a des auteurs qui écrivent avec de la lumière, d'autres avec du sang, avec de la lave, avec du feu, avec de la terre, avec de la boue, avec de la poudre de diamant et enfin ceux qui écrivent avec de l'encre, les malheureux, avec de l'encre tout simplement.

Pierre Reverdy, Le livre de mon bord