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Mercredi 7 mai 2014
Si je tombe

Jeudi 7 Février 2013 – 17h23

Il m’est arrivé au cours d’une période de délire de me croire au bord d’un gouffre immense, hotte aspirante entourée de vertiges. Ma chute semblait inévitable, une multitude de gens en passe de se faire happer, prêts à tomber, poussaient, poussaient sans faire exprès, incapable de se retenir, amenés là par une force plus grande que leurs masses réunies, impossible à contrer. Une sorte de bulldozer géant en effet ratissait tout ce monde vers le précipice. Aucune personne n’avait envie de tomber.

C’est alors que l’idée a germé. Si le gouffre pouvait nous avaler un à un il n’aurait plus de pouvoir si nous tombions ensemble liés les uns aux autres. Si on donne un gros morceau de viande à une bête même incroyablement vorace, féroce et avec des dents pointus, elle peut étouffer d’en ingurgiter trop ou si elle a déjà avalé une partie et que celle-ci ne se découpe pas et reste collé à celle qui n’est pas encore dans son gosier, elle manquera d’air tôt ou tard, même un gouffre a besoin de respirer pour rester en vie. Ainsi liés, si je tombais, tous tombaient, si un seul tombait, tous nous le suivrions. Ce n’est pas que moi qu’il s’agissait de sauver mais tous par l’intermédiaire de mon propre lien.


Si je tombe tu tombes, si tu tombes je tombe.


Tisser mes liens est une mesure de survie, si un jour le gouffre tente à nouveau de m’aspirer ou si quelqu’un me pousse, une réaction en chaine fera que quoiqu’il arrive nos liens empêcheront la chute. Peut-être même que comme ça on arrivera à tuer le gouffre.


Si tu tombes je tombe, si je tombe tu tombes


Myriam Eyann



 

> Vers St Augustin et Charles Peguy
 
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Lundi 7 avril 2014
Jusqu'au péril, la blessure Braque


Lundi 30 décembre 2013 - 12h00 - au café Le père Tranquille (quartier des Halles à Paris)


Arrivée aux halles, l'opération de rénovation grandiose se poursuit, depuis plus de 50 ans ce coin se restructure, le projet semble démesuré, le résultat sera peut-être à la hauteur. Ce besoin de laisser sa trace, de marquer son temps, faire oeuvre, depuis quand l'humanité est-elle happée dans ce tourbillon ?


Retour de l'expo Braque ce matin au Grand Palais, trop de monde, bousculades, aucune intimité pour découvrir ce que au fond je sais peut-être depuis longtemps. Traits nets, secs et précis, quelque chose de cassant qui m'a toujours subjuguée, plus loin des courbes, qu'est ce que je suis en train de faire, une envie de pleurer malgré la promiscuité, il y a ici une confirmation qui ne fait plus peur, plus moyen de s'échapper je le sais moi, ces dessins devant moi ne peuvent le nier aussi, quelque chose en moi existe donc sans faire exprés. Comprendre ce qui s'est glissé dans mon inconscient, les premières reproductions de Braque vues à l'époque de mes débuts en archi, au moment des premiers traits, les intersections, les contrastes, les dégradés, rien lu sur lui ou de lui, un fantôme dans mes doigts, comment faire maintenant pour reprendre le cours des choses, avant, aprés, peut-être que rester dans ma bulle serait mieux, continuer à ne rien regarder permettra de ne rien voir.


Dans la librairie du musée, un monsieur dit c'est trop dur, j'en ai compris un, le reste est trop abstrait. Il est jeune, moins de 40 ans, je ne comprends pas à mon tour. Rien de plus simple, de plus limpide, qu'est ce qu'il faudrait comprendre, il n'y a pas à comprendre, comment faire pour ne pas voir ces graphismes, qu'est ce qu'ils pourraient comporter d'incompréhensible? L'impression d'une harmonie, un ordre tellement évident, logique. Minuscule, je suis juste une chose insignifiante, peut-être vais-je me taire jusqu'à la fin, arréter de dessiner, on ne peut rien dire, rien faire aprés ça. Malgré tout comme aprés une lecture de Romain Gary ou d'autres auteurs parfois, le besoin irrésistible de prolonger la conversation, passant devant plusieurs dessins, me mettre au boulot, il faut que je bosses, n'arrétes plus, plonge dedans. A d'autres moments, écrasée, cette masse de gens autour de moi, qui suis-je pour prétendre dire quoique ce soit, dessiner ?


Citation de Braque sur le livret ramené de l'exposition : l'artiste doit nourrir la peinture, la nourrir de sa chair, de son esprit, quasiment jusqu'à ce qu'il en perde connaissance, qu'il en perde son sens profond, s'engager jusqu'au péril dans la voie de la fidélité totale. L'art est une blessure qui devient lumière.


Au plus profond il ne me reste rien d'autre, l'essentiel, ce que je suis censée ne pas pouvoir perdre, le seul moyen est de le donner on dit mais les regards sur moi, qu'est ce qui fait si peur, tomber dans le piège, croire à une grandeur qui m'habiterait, perdre ma poule aux oeufs d'or, autant ne pas la trouver. Comment les graphismes de Georges Braque mort depuis 50 ans pourraient-ils légitimer les miens, pourquoi mes gestes reproduiraient sans le savoir, pourquoi rien de neuf ne peut advenir?



myriam eyann


 

> à propos de Braque et de la restrospective au Grand Palais
 
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Lundi 7 avril 2014
Grotte et le jardin d'hiver de Dubuffet
Peu de temps avant de commencer à dessiner, j’ai fait un rêve.
J’étais coincée dans une grande grotte beigeasse, pas effrayante, mais plutôt insipide et sans surprise, et je cherchais à en sortir. Je trouvais un escalier qui avait toutes les promesses d’une sortie. Forcément, il montait ! En haut des marches pourtant, une porte fermée. Le passage avait existé, il y avait sa trace encore, d’ailleurs je me souvenais avoir emprunté cette issue maintenant condamnée.
Je savais ce qu’il y avait derrière cette porte, une grande terrasse pour regarder au loin, du soleil, du vent, un ciel bleu, de l’espace, beaucoup d’espace. J’étais passé par là, avant, mais je savais que ce n’était pas vraiment une issue. Un leurre tout au plus.
Je suis redescendue. L’atmosphère était pleine d’ennuis, si fade, je n’avais aucune envie de rester dans la grotte. Les murs étaient arrondis, en coque, comme dans la maison des Barba papas. Il y avait, éparpillées, des papillotes pleines de couleurs montées sur des tiges en bois, je ne sais pas comment on appelle ces jouets qui tournent dans le vent (ni si ils ont un nom).
Il n’y avait pas de vent, mais les jouets tournicotaient. Je n’ai même pas regardé ces couleurs, ou je ne me suis pas rendue compte que je les voyais, qu’elles existaient malgré mon indifférence. Ces jouets étaient la seule partie vivante, la seule chose qui pouvait accrocher mon regard dans ce no man’s land. Pourtant, ce n’est pas ce que je scrutais, mais l’espace disponible, la forme et l’essence du lieu, le sens que je pouvais y donner.



L’issue n’existait pas, je devais faire avec ce qui se trouvait là. J’avais condamné la porte de l’escalier, moi-même, longtemps auparavant, dans un autre espace-temps, car elle menait à un endroit où je ne voulais plus me rendre. La terrasse est un autre espace, une autre possibilité, dont il est également impossible de s’échapper. C’est une dernière étape qui ne mène à rien, tout juste à un peu de contemplation. On ne peut en partir qu’en faisant demi-tour, ou alors en enjambant le parapet, on peut sauter dans le vide. Mais il n’a jamais été imaginable que mon histoire soit happée par le néant, même pas en rêve…..



Je me suis mise à dessiner, oubliant momentanément mon rêve de grotte.
Une légende familiale tenace raconte que mon grand plaisir était de ranger, petite, mes crayons de couleurs et feutres d’écolière par nuances et de les aligner devant moi comme un trésor. Parfois on croit que le cours d’eau se tarit, mais parfois aussi, il réapparait à quelques distances de là après un passage oublié sous la terre. L’utilisation et la contemplation des couleurs devinrent à cette époque la source de mes dessins.



Quelques années plus tard, j’ai découvert Le Jardin d’Hiver de Dubuffet, lors d’une visite au Musée National d’Art Moderne, à Paris. C’est une sorte de caverne blanche, bariolée de grosses lignes noires, toute cabossée. On y pénètre par une lourde porte qui restant ouverte, éclaire l’ensemble. Le socle est léger, les pas résonnent, on a la sensation de marcher sur du creux. Tout est bosselé, sol et murs, inégal. Irrésistiblement je m’assois sur un rebord, il y en a plusieurs aménagé de ci delà. Je regarde le plafond de la grotte, encore plus aléatoire que le toit terrasse de la Casa Mila à Barcelone. Tout est blanc, laiteux, il n’y a aucun bruit.
Je n’arrive plus à partir. Et pourquoi le ferais-je ?  Pourquoi ne pas rester là le plus longtemps possible ?  L’apaisement ressenti en me reposant dans cette architecture sculptée n’a jamais eu d’équivalent ailleurs.
Si j’avais pu y rester j’y serais encore.
En rentrant dans mon petit appartement,  je regardais la penderie, seule pièce apte à se transformer. Pour commencer me disais-je, ça sera bien, quoiqu’un peu à l’étroit, mais je trouverais bientôt une maison où loger ma grotte.
Trois déménagements plus tard, mon projet de reproduction (de plagiat, oui ! je l’avoue) est encore en suspens. Il est parfois plus difficile que l’on croit de réaliser ses rêves.



De rêves de grottes en rêves de grottes, tel Robinson dans son boyau immaculé, je finis par dessiner ce que je nomme, bien sûr :   Grotte. Ce titre n’est sans doute pas bien original, mais il ne s’agit pas ici d’un singulier qui me démarquerait de mes semblables, plutôt de mettre en scène une régression nécessaire, ressentir au fond de moi une origine atavique indissociable de mon humanité : quoi de plus originelle qu’une grotte pour se mettre à dessiner ?
On dira : Quelle prétentieuse ! D’autant plus que l’humaine en question est ici une femme, mais après tout rien ne prouve que Lascaux a été peinte pas un homme (un garçon je veux dire !).
On dira : Quel Orgueil !  Prétendre retrouver le geste artistique embryonnaire, et pourquoi pas le geste créateur démiurgique !!!
Je n’ai pas tant d’intentions. Je lance quelques courbes comme à mon habitude, décèle une forme féminine dans la partie gauche, la développe, et ne sachant comment finir le dessin, je lui colle des couleurs au bout des bras, au bout des doigts, parce que je ne sais pas faire autre chose.
Exécutant le dessin je me suis à nouveau raconté mon rêve de grotte, j’ai évoqué la sérénité sacrée ressentie dans le jardin de Dubuffet, et sans m’en rendre compte, inventé une légende à mon dessin, toute personnelle et secrète alors.
L’histoire n’existe que si  je la raconte, et je ne peux imaginer autre chose en regardant ce dessin.
L’envie de construire, répandre les couleurs dans mon abri, le besoin de rester là et de ne plus abandonner mon refuge, quitte à calfeutrer les fuites, de toute façon il n’y a pas d’autres issues.



Le récit est maintenant inscrit dans mon cerveau, indélébile, comme la couleur de mes marqueurs, censés être permanents -on se rassure comme on peut - telles les lignes noires des sculptures de Dubuffet.
Tout ceci pourrait être pathétique, mais ça ne l’est pas, parce que je continue à rêver de la grotte sur les parois de laquelle je dessinerais un jour.



myriam eyann , 14 Mai 2012
 
 

> Plus sur Jean Dubuffet
 
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Humeur

Clopin-clopant tout bascule en son propre contraire, et c'est grâce à cela que le monde ne cloche pas.

Bohumil Hrabal, Une trop bruyante solitude

 

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