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Dimanche 19 mars 2017
Segond souffle
21 février 2017 – 6h07 à la Comelle
 
On croit que le début est plus facile à atteindre que la fin même si on vérifie pourtant chaque jour au moment de n’importe quel démarrage que ce n’est pas véritablement le cas. Pages blanches, voiture bloquée, ordinateur en panne ou procrastination, muscles froids, premier cri, vous rappelez vous au moins comment tout ça a commencé ? L’origine échappe, ce sont les lignes d’arrivée que la mémoire garde, les podiums victorieux, les échecs cinglants, les véritables fins, l’endroit où on se tient dépend de celui qu’on a quitté. Sans doute est-ce la raison pour laquelle on cherche sans cesse à en savoir plus, comment j’en suis arrivée là ? Dans le meilleur ou le pire ce sont les origines qui orientent mais quand la fin et le début coïncide peut-être qu’on devient apte à passer par les petites portes secrètes celles qui emmènent aux mystères sans les dévoiler, au milieu du merveilleux, plongée dans le chaos, c’est pas pour ça qu’on le comprend.
Le monde s’est retourné je sais pas pourquoi, tu es là, tu n’es plus là, je continue à tout mélanger. Il y a eu comme un ouragan, un genre de tsunami à moins que ça soit plutôt un tremblement de terre avec raz de marée titanesque, à force de forcer le vent en tous sens je t’ai ramené et dans le même temps presque au même moment on dirait le cadre a explosé, il est parti, tu le rencontreras jamais. Il me semble que nous nous sommes quittés il y a un instant et qu’une éternité s’est écoulé depuis notre rencontre mais parfois aussi loin de toi c’est l’inverse, notre rencontre vient de se produire et il me semble qu’une éternité espace nos retrouvailles. Avec le temps[1] la douceur inlassable de l’amour se mêle à la mélancolie de l’avenir perdu. J’ai écouté cette chanson de Ferré en boucle, passage après passage rien n’émousse ce qu’elle contient. Loin on a l’impression parfois d’aimer avec une force décuplée comme si l’amour devenait pur, avec le temps au contraire on aime de plus en plus.
Je croyais en avoir fini avec ces textes, les zigzags et les allers retours, c’était logique. Mais on se méprend sur les véritables débuts et les fausses fins, on malaxe tout jusqu’à ne plus rien savoir. Je continue à te deviner, à chercher le rythme, peut-on raconter les miracles ? Faut-il laisser faire ou prendre le taureau et comment ne pas tout à fait le saisir ? Il doit exister un monde au-dessus de notre monde où les gens perdus attendent qu’on trouve les passages, alors ce serait nous les errants qui osons à peine espérer les rejoindre. Là-bas il y a peut-être tout le monde mais je ne voudrais pas d’un Paradis peuplé de crapules, peut-être qu’il n’y a que les personnes qu’on aime déjà qu’on retrouve. Dans tes pas, mes trois ingrédients bancals dans la main, continuer à flotter, c’est ta musique que j’écoute maintenant, en plus de la mienne. Pourquoi tant de ressemblances entre l’amour et cette mélancolie parfois Jusqu’au bout, jusqu’au trou[2] ? Entre deux chansons un brouillard givrant sur la route de Vermenton je bifurque à Cravant, soleil sur les berges de l’Arroux, les rues enchevêtrées de La Machine, grottes du père Leuleu le long de la Cure, je passe à côté des sources de l’Yonne à Glux et je longe la rivière quand elle était petite, lunes d’été, nuits étoilées, grâces aux éoliennes et la lumière du Morvan, le repos du guerrier, au bout de mes doigts tes mains, tes bras m’entourent enfin. Peut-être que moi aussi à force, de n’y rien comprendre un jour je réussirais ma sortie d’artiste. Au Cirque du Bout du monde les chemins sentent la noisette, ensemble plus besoin d’envoyer les mots dans le vent, tout près de ta poche désormais, à portée de ton cœur, au bout de ta voix, à côté de moi mon ange. Sur la route les poids lourds défilent, je croyais qu’un gouffre allait s’ouvrir, rose fluo dans le crépuscule, je vais continuer à chuchoter mes secrets, à force de partages de rêves le puzzle se reconstitue. La poésie est réelle, elle n’est pas lointaine, elle ne s’évanouit pas quand on l’a trouvé.
Le miracle on voudrait le décrire mais raconter le vertige c’est le détruire. On aime comme on a été aimé, peut-être que pour se reconnaitre on a été aimé pareil, peut-être que pour se connaitre il fallait s’aimer de cette même façon, c’est probablement mon prétexte pour expliquer tout le mystère, tout ce que nous avons appelé des coïncidences, le merveilleux, joie et bonheur. Même quand tu me raconteras je continuerais à farfouiller en tous sens, il n’y a plus d’absurdité.
Il arrive qu’on gagne et perde en même temps et que le bonheur vous fasse sangloter avec la même intensité que les plus grandes douleurs, je le sais maintenant, certains soirs à se noyer l’amour et la plaie coexistent dans le même instant. Je m’endors dans tes bras, mes rêves ne t’effraient plus, j’invente que je rejoins les tiens. Je répète N’aies pas peur mais il semble à certains moments que rien ne puisse empêcher mon esprit de s’affoler, tout ce qu’on ne change pas, la prochaine fois. Je ne peux pas renoncer à ma colère mais peut-être qu’un jour ton calme l’aura complétement absorbé. Grâce à toi, grâce à moi, le chainon ne manque plus. La silhouette des vieux châtaigniers solitaires est un peu floue à travers mes larmes, une brume bleutée envahit les collines, les amas de végétation dentelée dessinent des courbes parfaites et les cimes noires se découpent à perte de vue dans les champs. Cette année les couleurs de l’automne m’ont crevé le cœur, le soleil de cet hiver glacial contient pourtant dans le sien les germes du printemps[3], je continuerais à son retour d’admirer les fleurs de mon jardin avec mes yeux d’amoureuse, et l’été reviendra, forcément. Je vais reprendre mes dessins de labyrinthe, mes plans inutiles, peut-être même que j’oserai prendre quelques photos maladroites, ce n’est pas pour le souvenir ou pour me rassurer, ni un hommage, peut-être que c’est ce que j’ai appris, ma façon de voir le monde, la beauté transmise au fond de mes yeux. Entre les excès et les nuances, trouver le bon angle, le dégradé, on croit que le cœur vieux et fatigué lâchera le premier et puis non, c’est l’estomac qui  échoue. On le dit ou pas même en le pensant à longueur de journée, mais les mots ne remplissent pas tout, il y a ceux qu’on tarde à formuler et ceux qu’on prononcera autrement, ta place ne bougera jamais, je porte notre nom maintenant.
 

Je suis incapable de renoncer à comprendre le monde, même si il me déroute de plus en plus comme si les chemins maintenant effacés étaient devenus vus de l’esprit. Je ne peux que retourner à l’écoute, ce sont les autres qui vous guident et vous redonnent espoir. Dans les librairies, à mon sens le dernier lieu véritable de liberté, les voix reviennent. On a toujours le choix, ça n’a jamais été simple, on peut faire de cette complexité quelque chose de passionnant pourtant. Et si les pires atrocités persistent, le cynisme et la malhonnêteté, le miraculeux fait face désormais. 


myriam eyann
 

[1] Avec Le temps, chanson de Léo Ferré
https://youtu.be/ikV05gDPSSI
[2] Jusqu’au bout, de Arno chanteur belge, album Jus de Box
[3] Si l’hiver disait le printemps est dans mon cœur qui le croirait ? Khalil Gibran








 
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Il y a des auteurs qui écrivent avec de la lumière, d'autres avec du sang, avec de la lave, avec du feu, avec de la terre, avec de la boue, avec de la poudre de diamant et enfin ceux qui écrivent avec de l'encre, les malheureux, avec de l'encre tout simplement.

Pierre Reverdy, Le livre de mon bord