Vendredi 22 mai 2015
Ralenti
Lundi 13 avril 2015 – 13h04, parking du 2ème MacDo, ZUP de Sens
 

Odeurs de frites et de gras me suffisent, à la place de manger. Bourdonnement léger autour de moi, les voitures se garent et repartent, j’ai failli m’endormir.
Etre au milieu du monde et se sentir transparente tel l’homme invisible, regards sans attention, rien à contempler, c’est de cette façon que le ralenti s’est installé, avec le retour des souvenirs dont on ne peut plus rien faire. Est-ce qu’on choisit les changements de rythme ? Peut-être que l’important est en train de dormir. L’énergie n’est plus occupée à se déplacer, elle est sûrement utilisable.

Est-ce que certaines choses deviennent visibles si on va moins vite ? Est-ce qu’on peut faire deux choses exactement opposées au même moment sous le prétexte du ralenti ? Couper les liens et les renouer, apparaitre et disparaitre, vivre sa vie de rêve tout en acceptant la réalité, faire la paix et se battre, avoir le corps en mouvement et l’esprit paralysé ?
Le propre de l’homme n’est pas de rêver mais de croire que réaliser ses rêves est possible, quelle que soit la démesure du rêve et son décalage avec la réalité.

A l’occasion de mon ralenti, une plongée dans les graphismes d’Escher et ses perspectives détournées m’emmène dans un monde parallèle, il voulait rendre possible l’impossible. Pour ça on est obligé de franchir les lois du possible, penser différemment est un conditionnement, sinon on n’aurait pas volé, on ne serait pas allé sur la lune, on n’aurait pas envoyé des objets tourner autour de la terre, on n’aurait même pas pu croire qu’elle était ronde. Il disait Je ne crois pas qu’il soit possible d’atteindre la perfection qui vit dans notre esprit et que, à tort, nous croyons « voir », ce qui parait très pessimiste au vu de ses créations et de ce qu’il a transmis de son univers.
Escher disait également Celui qui s’étonne se rend compte d’un miracle.
 
 
 


La Déclaration des droits de l’homme m’accompagne depuis plusieurs années. J’avais été étonnée de la lire en entier âgée de plus de trente ans et de découvrir qu’elle est l’incarnation de la liberté, écrite ici sur notre sol il y a plus de 200 ans. Je ne voulais pas m’occuper de toute ces choses, je ne voulais pas croire que j’en faisais partie, Liberté, Egalité, Fraternité, tout ça ne me concernait pas.
A qui profitent les crimes ? Après avoir réuni des millions de personnes autour de la liberté d’expression, au nom de la sécurité, on vote des lois liberticides, pour le bien de tous, dans le consentement général. Les oppositions binaires ne rassurent que les méchants, en vrai il est plus compliqué de se faire une opinion que de prendre position pour ou contre un humoriste. Ça prend plus de temps, celui qui veut pas se prendre la tête qu’il se la prenne pas.
Les rêves de paix sont plus intelligents que les cauchemars qui engendrent les guerres.
 

Fraternité : mes fils sont métis, leur père turc incarne depuis notre rencontre la fraternité. La force de l’amour est un terreau de fertilité qui engendre l’empathie, la compassion, la compréhension, l’entraide, la fraternité, l’humanisme. On ne fait rien naitre de la haine, on n’y construit rien, elle est une impasse sur elle-même.
En Turquie, deux hommes adultes dans la rue fréquemment se tiennent la main sans ambiguïté, les femmes turques votent depuis 1923, le voile est interdit à l’université depuis que Atatürk a laïcisé le pays à la même époque, la première aviatrice est turque. Là-bas le drapeau est une fierté, comme il l’est dans la plupart des nations, l’appartenance turque n’est pas une revendication identitaire jugé dangereuse mais un lien. La fraternité turque n’est sans doute pas le propre des français, ce serait plutôt l’autocritique, le dénigrement, tous pourris.
Au moins chez nous, on est politiquement cohérent.

La fraternité française est un universalisme, incarné dans l’idéal républicain. On ne vit pas à coté les uns des autres mais ensemble et vivre ensemble est une volonté, c’est notre contrat social, inscrit au fronton des mairies, notre effigie jadis gravé sur la monnaie. La logique communautaire est le plus souvent ethnique, elle conduit à des logiques de ghettos, de territoire, d’émeute raciale et d’apartheid. Le contrat social est cette volonté de vivre ensemble sur un même territoire, il n’existe pas de frontière sur le même territoire. Ce qui le fonde n’est pas une appartenance ethnique ni religieuse mais un idéal commun et une langue commune. La langue française, la francophonie, s’incarne dans toutes les couleurs, cultures et religions. Le langage est un contrat social, à l’image des Grecs anciens la parole peut retrouver sa valeur de contrat.

L’anti-républicain patenté valide les communautés, parle aux français de souche, effectue des voyages diplomatiques dans les pays non démocratiques où la liberté est bafouée, rend hommage à la mort des rois dictateurs et exprime ainsi de la façon la plus opaque à la nation que le contrat social n’existe pas, en tout cas qu’il ne l’a pas compris malgré l’instruction couteuse qu’il a reçu dans les écoles de la République. On brise le contrat social quand on ne vit que dans sa communauté.  
 
 
Egalité : dans mon métier d’infirmière, on apprend vite que l’égalité est une notion qui n’a de sens que pour les personnes qui le sont effectivement. Handicapés, malades, démunis, apprennent vite leur inégalité et qu’elle est irrémédiable. Femmes, gens de couleurs, analphabètes et toutes les personnes dépourvus de pouvoir d’achat le savent aussi. On ne nait pas égaux.
Ce que dit notre devise il faut y croire, si on ne nait pas égaux devant la maladie, la condition physique, la richesse et l’éducation, on doit naître égaux en droit.
La mondialisation nous fait croire que nous pouvons tous être pareil d’une façon linéaire, l’universalisme dit qu’une valeur peut se transmettre aux hommes du monde entier en respectant leurs nuances et leurs différences nationales.
Français de souche ? Lesquels ? Gaulois, Gallo-romains, Francs pour remonter au plus loin, ou s’agit-il des suites du brassage des peuplades au fils des époques, forts nombreuses et diversifiées ? L’universalisme dit Nous allons vivre ensemble, le choc des civilisations est impossible dans l’universalisme. Le drapeau français, comme tous les drapeaux, est le symbole de notre nation, la couleur des sans-culottes (bleu blanc rouge à l’époque de Jeanne d’Arc, ça n’existait pas)

Qu’est-ce qu’on apprend à l’école ? La question est-elle de rétablir des cours de morale, des cours de politesse ? Et pourquoi pas des cours de citoyenneté, expliquer aux enfants ce que signifie leur drapeau, la république, éplucher la Déclaration des Droits de L’homme née dans notre pays, l’universalisme, le contrat social, des cours où on apprendrait aux gamins à prendre la parole et à s’écouter quand ils ne sont pas d’accord, à se laisser parler et ce que signifie vivre ensemble. Que quelque soit sa couleur de peau, sa communauté d’origine ou son appartenance religieuse, on a le droit au débat et que la laïcité garantie cette promesse. Tout le monde n’a pas des parents présents, un milieu, une communauté affective qui explique comment ça marche de vivre ensemble, l’école républicaine doit être l’écrin de cet apprentissage, le visage de l’universalisme, pour tous les enfants. Quand on fait croire que la citoyenneté n’est contenu que dans un vote, on a une logique comptable, un ne se divise pas, il contient une infinité (0.01, 0.983, 0.00008594859645, 0.0........  0.07 ! .... si si, même lui !).
 
Au lieu du cours de morale une petite phrase chaque jour sur les tableaux noirs des écoliers. Vous souvenez vous de celle-ci : « En France on n‘a pas de pétrole mais on a des idées » ?
 
 
Liberté : si j’avais un bourreau j’essaierai de le détruire une première fois, dans ma tête, je ne penserais plus qu’à ça. Si ce bourreau arrête enfin de me torturer, je le détruirai encore plus fort, dans ma tête. Si le bourreau ose me soigner, je le repousserai à coup sûr, dans ma tête, de toutes mes forces. S’il s’éloigne je pourrais recommencer à penser. A force de se venger de toute façon on devient bourreau soi-même. Si à la place de ce que le bourreau a mis dans ma tête j’arrive à replacer l’amour, la fraternité, la liberté, je me soignerai. Enfin si le bourreau ose venir me trouver longtemps après, très longtemps après, s’il me parle, sans aucune envie je l’écouterai et peut-être que si l’amour a pris la place de tout le mal qu’il a fait, si je ne suis pas devenu bourreau à mon tour pour le massacrer, si j’ai eu la force de ne pas me venger, si je suis arrivé à ne pas le détruire, si par ailleurs la justice a été rendu, si il a été reconnu bourreau, si il a payé pour ses crimes, s’il a lui-même reconnu ses crimes, s’il le demande, peut-être que je penserais à négocier la paix. Peut-être que j’aurai envie de comprendre. Peut-être que j’essayerai de pardonner.

La vengeance ne fait revivre aucun mort, la vengeance est l’opposé de la justice, elle ne répare rien et n’engendre qu’elle-même. Les prédictions de catastrophes sont les vrais dangers, si les rêves humains existent pour se concrétiser les cauchemars malheureusement se réalisent aussi. Etre libre c’est choisir ses contraintes. Par définition être libre doit être inaliénable.

Comme Francis Cabrel mon rêve est polychrome, les métis de plus en plus nombreux sont des mélanges improbables et la preuve que vivre ensemble est possible, plusieurs couleurs à l’intérieur de soi, parfois même celle de l’ancien bourreau et de sa victime. Le chemin de la paix est une réconciliation, du moment que l’ennemi a commencé à reconnaitre ses torts, écouter, même ce qui est interdit, même ce qu’on n’est pas censé entendre, communiquer, parler. Nelson Mandela l’a fait, la moindre des choses pour lui rendre hommage, il faut essayer, oser rêver comme Martin Luther King. C’est uni que nous sommes forts, le morcellement affaibli, la division permet l’avènement des rois de la mesquinerie.
Ou alors ralentir, peut-être. Changer de rythme ?
 
Internet est un réseau, un outil, ni bon ni mauvais. Il est un espace démesuré de liberté. L’humanité n’avait jamais bénéficié d’un tel outil.
 
 
 
 

Il est apparemment prouvé qu’on ne peut pas rire de tout, sous peine de mort.
Mais tant pis, on le fait quand même.

Le rire c’est comme le cul, il y a toujours un curé autoproclamé pour vous imposer ses propres limites. L’amour dans le zizi, oui, mais pas dans les fesses. Je crois que vous en serez d’accord, il faut lâcher une enclume sur le pied de ces théoriciens du rire en gardant son sérieux. Amen.
Charb, Petit traité d’intolérance

 
En résumé donc, on a la Commune, la Déclaration des Droits de l’Homme, la plus belle devise du monde, l’idéal républicain, la laïcité, la communauté de la francophonie, les manifs, l’autobiographie, l’autocritique, Desproges, Charb et Dieudonné.
Au royaume de la bipolarité il faut choisir un nombre entre 0 et 1.
Au plus, chez nous, on sait parfaitement être politiquement incorrect.



myriam eyann
 
 

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Humeur

Clopin-clopant tout bascule en son propre contraire, et c'est grâce à cela que le monde ne cloche pas.

Bohumil Hrabal, Une trop bruyante solitude

 

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