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Lundi 7 avril 2014
Jusqu'au péril, la blessure Braque


Lundi 30 décembre 2013 - 12h00 - au café Le père Tranquille (quartier des Halles à Paris)


Arrivée aux halles, l'opération de rénovation grandiose se poursuit, depuis plus de 50 ans ce coin se restructure, le projet semble démesuré, le résultat sera peut-être à la hauteur. Ce besoin de laisser sa trace, de marquer son temps, faire oeuvre, depuis quand l'humanité est-elle happée dans ce tourbillon ?


Retour de l'expo Braque ce matin au Grand Palais, trop de monde, bousculades, aucune intimité pour découvrir ce que au fond je sais peut-être depuis longtemps. Traits nets, secs et précis, quelque chose de cassant qui m'a toujours subjuguée, plus loin des courbes, qu'est ce que je suis en train de faire, une envie de pleurer malgré la promiscuité, il y a ici une confirmation qui ne fait plus peur, plus moyen de s'échapper je le sais moi, ces dessins devant moi ne peuvent le nier aussi, quelque chose en moi existe donc sans faire exprés. Comprendre ce qui s'est glissé dans mon inconscient, les premières reproductions de Braque vues à l'époque de mes débuts en archi, au moment des premiers traits, les intersections, les contrastes, les dégradés, rien lu sur lui ou de lui, un fantôme dans mes doigts, comment faire maintenant pour reprendre le cours des choses, avant, aprés, peut-être que rester dans ma bulle serait mieux, continuer à ne rien regarder permettra de ne rien voir.


Dans la librairie du musée, un monsieur dit c'est trop dur, j'en ai compris un, le reste est trop abstrait. Il est jeune, moins de 40 ans, je ne comprends pas à mon tour. Rien de plus simple, de plus limpide, qu'est ce qu'il faudrait comprendre, il n'y a pas à comprendre, comment faire pour ne pas voir ces graphismes, qu'est ce qu'ils pourraient comporter d'incompréhensible? L'impression d'une harmonie, un ordre tellement évident, logique. Minuscule, je suis juste une chose insignifiante, peut-être vais-je me taire jusqu'à la fin, arréter de dessiner, on ne peut rien dire, rien faire aprés ça. Malgré tout comme aprés une lecture de Romain Gary ou d'autres auteurs parfois, le besoin irrésistible de prolonger la conversation, passant devant plusieurs dessins, me mettre au boulot, il faut que je bosses, n'arrétes plus, plonge dedans. A d'autres moments, écrasée, cette masse de gens autour de moi, qui suis-je pour prétendre dire quoique ce soit, dessiner ?


Citation de Braque sur le livret ramené de l'exposition : l'artiste doit nourrir la peinture, la nourrir de sa chair, de son esprit, quasiment jusqu'à ce qu'il en perde connaissance, qu'il en perde son sens profond, s'engager jusqu'au péril dans la voie de la fidélité totale. L'art est une blessure qui devient lumière.


Au plus profond il ne me reste rien d'autre, l'essentiel, ce que je suis censée ne pas pouvoir perdre, le seul moyen est de le donner on dit mais les regards sur moi, qu'est ce qui fait si peur, tomber dans le piège, croire à une grandeur qui m'habiterait, perdre ma poule aux oeufs d'or, autant ne pas la trouver. Comment les graphismes de Georges Braque mort depuis 50 ans pourraient-ils légitimer les miens, pourquoi mes gestes reproduiraient sans le savoir, pourquoi rien de neuf ne peut advenir?



myriam eyann


 



Le Sacré-Coeur de Montmartre, 1910, Huile sur toile, 73 x 60 cm
LAM, Musée d'Art moderne, d'art contemportain et d'art brut, Villeneuve d'Asq



Rétrospective Georges Braque au Grand Palais, Paris , 18 septembre 2013 - 6 janvier 2014
http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/georges-braque





De droite à gauche
Zelos, 1931, plâtre gravé, 185 x 98cm (collection particulière)
Zao [Néreïde], 1931, plâtre gravé, 187,5 x 130 cm (collection Fondation Maeght)
Héraklès, 1931, plâtre gravé, 187 x 105,5 cm (collection Fondation Maeght)
Fondation Maeght, Saint Paul de Vence, France



Sur Georges Braque
http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Braque

 
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Humeur

Il y a des auteurs qui écrivent avec de la lumière, d'autres avec du sang, avec de la lave, avec du feu, avec de la terre, avec de la boue, avec de la poudre de diamant et enfin ceux qui écrivent avec de l'encre, les malheureux, avec de l'encre tout simplement.

Pierre Reverdy, Le livre de mon bord