Lundi 17 novembre 2014
Les régles de l'Art
Mercredi 20 Août 2014 – 18h20 – Vitry
 
Le dôme de Santa Maria del Fiore à Florence, symbole de la Renaissance, est resté un mystère pendant plusieurs siècles. L’édification du dôme posait de nombreux  problèmes techniques dont on n’avait pas les réponses, la construction avait été entreprise sans l’assurance qu’on aurait les compétences pour l’achever, on savait qu’elle serait en avance sur son temps.
C’est ainsi que l’on bâtissait, tel un défi. Tâtonnements audacieux et volonté de résolution, repousser les possibilités, chercher la lumière, comprendre charges et portées, ça tombait ou ça tenait, suivant la maitrise achevée du processus, ce qu’on en comprenait.

Filippo Brunelleschi a 41 ans quand on lui confie le chantier. Il doit résoudre une multitude de questions, comprendre ce qui peut empêcher la réalisation du dôme. Quelles solutions pour qu’il puisse s’élever à  90 mètre du sol ?  Ce n’est pas une question de foi mais de technique, magique on croit tant qu’elle se cache, une énigme. Une équation inclut sa propre clef, du moment qu’elle est correctement formulé.

Pendant les études d’archi, on apprend les règles de l’Art, les bonnes pratiques pour construire. Ces règles existent telles les lois de la gravité. On les suit, on applique les théorèmes, on respecte les résistances, les matériaux.

Brunelleschi imagine une structure autoportante, un système de croissement des briques en arête de poisson qui permet de répartir poussées et forces vers la base du dôme, et d’élever celui-ci à une hauteur importante. Un report complexe des axes et inclinaisons par cordeau rendra possible la symétrie qui centre la clef de voute, sans étayages, non réalisables à cette hauteur. Un double mur équilibre les charges. Brunelleschi élabore un système de levage inédit pour amener les matériaux à la hauteur du chantier. Un peu plus tard, il mettra en évidence les lois de la perspective.
 
 
 


On n’invente pas les règles de l’Art, elles existent avant qu’on les découvre, même si on passe à côté sans le savoir, même si elles restent pleines de mystères. Pour résoudre un mystère il faut le trouver.
Quel est mon but, mon mystère, mon équation, mon rêve ? Petit point d’une précision infernale, pas vraiment concret, l’atteindre est sans doute une abstraction. Comment le rejoindre ?
On est la somme de toutes les contradictions vivantes et humaines, le condensé des paradoxes hérités, et le point culminant de tout ce qui précède, réussite, accomplissement, bonheur, extase, nirvana.
 


 
 
 
Encadrement pour l’expo de novembre, réajuster les passe-partout prédécoupé va me prendre un temps infini, dessins trop grands ou plus long que large, aucune dimension ne correspond à ce qui existe. Je bousille le premier, le dérapage n’était pas maitrisable.
Le décalage entre la finition du dessin, la précision du  cadrage et la découpe ratée fait apparaitre quelque chose, un truc qu’il m’est aussi difficile de laisser échapper que de maitriser. C’est dans mon geste de coupe qu’il est apparu, ce n’est pas une erreur, c’est moi, typiquement moi, un genre de lapsus gestuel, un acte manqué. Tous mes passe-partout seront dérapés. Sans chercher à reproduire ce qui vient d’advenir, j’ai refusé de le maitriser, laisser faire était une libération.

Manipuler le papier, tracer des gabarits, couper des feuilles et des cartons à maquettes, millimètres dans les yeux, être d’une précision infaillible, encoller, j’aime le travail minutieux et bien fait. Ce travail d’encadrement s’annonçait pourtant comme une contrainte. Dès lors que ce qui le parasitait est évacué, il a été particulièrement agréable.  Le geste d’erreur, de dérapage, revient avec constance, il me caractérise, pourquoi chercher à le faire disparaitre ?

Assumer les cadres dérapés qui entourent mes dessins, les exposer, n’est pas une punition mais une récompense. Cette finition ne correspond pas à une tentative d’expression, elle parle sans moi d’un aspect important de mon travail, de mes essais fastidieux pour créer avec ce qui me compose, le plus souvent le masquer, avec l’illusion qu’il est possible de l’effacer sans doute et puis finalement n’avoir qu’une envie, faire apparaitre cette partie déniée de moi.

Dans la culture grunge, les rifs de guitare sont saturés, bavés, et se marient à une minutie et un sens maniaque du détail. C’est propre, travaillé jusqu’à la limite, sans concessions, surtout pas celle de masquer l’expression, n’importe laquelle, même celle qui s’échappe. Il y a là-dedans du je m’en fous, du jusqu’au bout qui m’appelle.
Garder mes cadres et les nommer grunge sera ma façon de renoncer à jouer le jeu. Dans mon imagination, mes cadres étaient impeccables, dans la réalité ils porteront ma trace, rien n’a pu éviter les souillures, salissures, et vomissements de moi.
 
 
 

 
Sans rien faire pour trouver le hasard, il finit toujours par me croiser. Les meilleurs pièges sont ceux que l’on a soi-même posé, pour être certain de ne pas se louper. Petits cailloux semés pour découvrir ce que l’on sait déjà, et croire que quelqu’un nous fait signe.

Une de mes jolies histoires préférée se situe lors de la naissance de mon fils ainé.
Le premier accouchement se prépare avec toute la naïveté des premières expériences, en croyant qu’on pourra tout maitriser, en particulier le lieu de cette naissance, la maternité. Il s’agissait de vivre ce moment exceptionnel comme tout ce que j’envisage, perfection des détails, rien pour le hasard, il ne s’agissait pas d’un symbole.
Un guide recensant les maternités de l’Ile de France détaillait la fiabilité des soins, les qualités d’accueil, le confort, les cours d’accouchement sans douleurs, les avantages et inconvénients. La maternité de Lariboisière, dans le 19ème arrondissement à Paris, correspondait à mes critères, sélectionnée parmi la centaine disponible dans le guide sur Paris et sa région. Nous habitions à Orsay en grande banlieue mais le palmarès était sans appel et accoucher loin du domicile se fait de temps à autre dans la famille - moi-même, née à Paris alors que mes parents habitaient Sens à cent kilomètres de là.
Avant la naissance nous avions choisi le prénom de notre garçon, un joli nom turc, et un deuxième prénom selon la coutume, celui de mon grand-père, pour moi une évidence. Le terme dépassé, on m’a déclenché l’accouchement, de sorte que mon premier enfant est né le jour de l’anniversaire de son grand-père, mon père. Il y a trois cent soixante-cinq jours dans une année, naître en retard sur la date prévue pour ce jour précis était comme un cadeau à son grand père, il est son premier petit fils. Chaque année depuis vingt-trois ans, nous fêtons les deux anniversaires de mon fils et de mon père. Ces coïncidences me rendaient assez fière, ne pas en être responsable était une jolie histoire, ça arrive.
Pendant la visite de ma grand-mère à la maternité, ma mère me souffle c’est quand même dur pour elle. Je m’étonne et la questionne. Sa réponse me laisse encore totalement perplexe, 23 ans après : Papi est mort ici à Lariboisière, elle n’était pas revenue depuis dix-neuf ans.
J’ai juste dis je savais pas.

Qu’est-ce que mon cerveau a imprimé, un son, un nom, quelque chose lu bien plus tard ?
Il n’était pas possible de façon consciente de faire coïncider autant de paramètres.
On vient au monde dans un hôpital où un arrière-grand-père a vécu ses dernières heures, on porte le nom de cet aïeul, le jour de votre naissance est aussi celui de votre grand-père.

Se piéger est un moyen de ne pouvoir nier, pas moyen de faire l’autruche, pas moyen qu’on me dénie ce lien, qu’on dise c’est du vent, celle-là invente pour faire joli, ces histoires n’existent pas. Ce qui me lie à mon grand-père est une source, les jolies histoires sont toujours des histoires d’amour.
Le nom turc de mon fils ainé signifie l’âme.
 
 
 
 
 
Est-ce que c’est normal ? C’est sans doute la question la plus répandue.
Quand on grandit, la première chose que l’on souhaite est de ressembler aux autres, être normal c’est une règle du jeu. Grandir c’est apprendre les règles du jeu.

Trouver des gouttes d’arc en ciel ou parler à un martin pêcheur, c’est rien qu’une histoire d’imaginaire qui s’échappe. On croise des noms qu’on n’attendait pas, des objets, des lieux, on relie sans le savoir ce qui compose un puzzle. La nouvelle pièce accolée aux autres, une partie de l’image apparait, avant qu’on s’habitue à l’idée qu’elle était dans cet ordre bien avant qu’on intervienne, on invoque le hasard, la magie, pour évacuer la réalité. 

On ne remet pas en cause les règles de l’Art, au risque de faire s’écrouler les échafaudages. Pour suivre les règles de l’Art il faut découvrir ses propres mystères. Les règles du jeu ne sont pas des règles de l’Art. On a le droit d’inventer les règles du jeu, les adapter, ou faire croire qu’on les suit à la lettre alors qu’on les contourne, tricher c’est encore jouer. Lâcher l’affaire consiste à s’extraire du jeu. Le rêve a besoin de moi pour se réaliser. Le plus grand mystère à résoudre est celui qu’on porte en soi.
 
Peut-être serait-il inefficace et douteux de publier un démenti, un genre de : Toute ressemblance avec des personnages ayant vécu ou des désirs ayant été imaginé est totalement fortuit et hors de ma volonté. Qui croit à mes petits hasards renouvelés et qu’ils ne tentent de piéger personne ? Qui poursuit l’autre ? Le hasard est ma piste, suivre son sillon, dans la trace qui est la mienne est un choix.
 
Les mots de Virginie Despentes m’accompagnent : Tous ces trucs que tu tentes de faire et jamais rien ne réussit. Ça me fait penser au conte de la petite sirène. L’impression d’avoir consenti un énorme sacrifice pour avoir des jambes et se mêler aux autres. Et chaque pas est une douleur intolérable. Ce que les autres font avec une facilité déconcertante te demande des efforts incroyables. Arrive un moment où tu lâches l’affaire.

Cadres bavés, témoignages enfouis, les indices ne peuvent pas disparaitre.
Qu’est ce qui a fait la différence ?
Oublier la place où je suis, la place où tu es, rester ailleurs, là où ni toi ni personne ne m’atteindra.


myriam eyann



 

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Mercredi 5 novembre 2014
Soulevage de mots

Samedi 25 octobre 2014 – 21h00 - Dans ma grotte, au moulin
 
Ce qui est sous les mots est très fragile et très fort sans que cela soit une contradiction, ce qui se cache fait en sorte de ne pas être découvert même si ça ne se cache pas par faiblesse. Il y a un voile, qu’on peut dans certains cas déchirer un peu, avec beaucoup de précautions.
 
Dans une phrase il y aurait une trappe, on lirait un mot et tout d’un coup on serait ailleurs, dans la même phrase et en même temps dans une autre, cachée à l’intérieur, une face B audible sans changer la piste, on verrait les sillons gravés de l’autre côté du disque, on saurait lire à l’envers en plus de savoir lire dans le bon sens. Il y aurait un autre monde, où des gens se racontent d’autres vies, sans crainte, l’accès serait inaccessible à la malveillance.
 
Il faudrait lire avec une excessive lenteur, repasser sur les phrases plusieurs fois de suite, écouter sous les mots, les soulever un par un doucement et les redéposer délicatement après pour être sûre de les retrouver si on avait envie de voir encore dessous - si on ne se rappelle pas très bien ou parce que c’est irrésistible -  sans qu’on les fasse fuir, sans les effrayer.
 
Soulever les mots pour voir ce qu’il y a dessous n’est pas une de mes inventions, il y a des spécialistes du soulevage de mots. Les mots que vous soulevez ne sont jamais les vôtres - le but du soulevage de mots étant le partage et la découverte d’autrui - donc on soulève les mots précisément pour voir celui ou celle qui se cache dessous. Toute notion de voyeurisme, d’exhibitionnisme, de perversité, de manipulation, est déplacée ici, puisque par nature je le répète, la malveillance n’existe pas chez les écouteurs de mots.
 
Peut-être qu’on soulève les mots parce que c’est la seule façon d’accéder à ce qui est absent. Pour aller sous les mots on est obligé de s’absenter, on devient soi-même absent. Peut-être qu’on soulève les mots à cause de l’absence. Sous les mots il y aurait les présences des absents, tous les absents pourraient se rencontrer là et se reconnaitre.
 
Si c’était vrai, on pourrait s’absenter ensemble, évoluer sous les mots, y habiter.
 
L’absence serait comme une patrie. Dans l’absence on est un peu invisible, mais les habitants de l’absence se croiseraient, sans se rencontrer vraiment. A force pourtant, par hasard, on ferait une vrai rencontre, une rencontre réelle. La présence du hasard est une pure supposition. A mon avis, dans l’absence il n’y a plus de hasard, c’est précisément l’endroit où il disparait. On n’est pas absent à cause ou grâce au hasard, peut-être même qu’on est absent malgré lui, ou parce que le hasard vous a oublié.
 
Je ne suis pas une spécialiste du soulevage de mots, dire que je suis une spécialiste de l’absence serait prétentieux, et puis je préfère ne pas être spécialisée du tout, même si ça énerve les gens qui aime les engagements clairement énoncés et ne comprennent pas qu’on puisse aller dans tous les sens, encore moins qu’on le revendique. Aller dans tous les sens est ma ressource, mon fonctionnement et mon identité, ce qui implique une méthode de recherche rigoureuse et d’évacuer la moindre versatilité, la seule façon de trouver un sens est de le chercher partout, il n’y a aucune direction qu’on peut interdire dans ce cas. Pour trouver un sens, un véritable sens à ce qui nous entoure, aucune piste ne peut être négligée. L’exploration méthodique du sens serait ma spécialité, les explorer tous, un par un, pour pouvoir les éliminer au fur et à mesure, et à la fin trouver le bon.
 
Dans le monde des spécialités, le nombre d’individus se rapetissent. Par exemple les anatomo- cyto pathologistes spécialistes des cellules épithéliales glandulaires des muqueuses buccales suivent les mêmes congrès et s’y retrouvent d’années en années, se voient pour partager des infos intéressantes entre les congrès et parler de l’évolution des cellules et de leurs pathologies. De la même façon, les spécialistes de l’absence, de la recherche du sens et du soulevage de mots, se rencontrent avant de se chercher. A force de regarder sous les mots, ils soulèvent les mots de la rencontre.
 
Les phrases sous les phrases révèlent qu’on fait partie de l’imagination de quelqu’un d’autre. On existerait parce que cette personne vous imagine, on serait apparu sous ses mots, en dehors de ceux-ci, en toute logique, on disparaitrait. Sous les mots de cette unique personne, on comprendrait comment résoudre ce qui ne marche pas, de la même façon qu’on lit un guide, un livre de recette personnel. On garderait ses mots à proximité en permanence, en cas de besoin, on ne pourrait plus vivre sans ces phrases.
 
On aurait toujours un peu peur d’être surpris, ou de ne pas être d’accord, de ne pas se comprendre, ou de ne pas se rencontrer finalement, en vrai. Le temps de s’habituer à ne plus être seul, on se poserait pleins de questions très compliquées et inutiles, comme tous les absents. Normalement les absents ne rencontrent personne pour de vrai, et sont accompagnés par une multitude de personnes pour de faux. Il faudrait un temps de transition, pour que la présence apprivoise l’absence.
 
Le soulevage de mots, l’absence, la recherche de sens, sont des activités assez dangereuses, comme l’espionnage, le saut en parachute, ou la folie. Les régions traversées demandent des réserves d’énergie personnelle en abondance, capacité d’adaptation, réactivité,  attributs et garanties, et même de l’empathie, ce qui fait renoncer tout individu inapte.
 
Peut-être qu’un souleveur de mots peut être également souleveur de lignes. Quelqu’un qui aurait la capacité à voir sous les traits un coup de crayon anonyme, le mouvement et son intention, les pensées qui allaient avec le geste au moment du tracé. Un vrai geste ne cache rien, comme une vraie phrase. Pour rejoindre ce vrai geste, l’atteindre ou le voir, l’absence serait nécessaire à nouveau. Est-ce qu’un geste peut être présent et absent ?
 
Après, à force de soulever des mots et leurs phrases, des lignes sous les dessins, peut-être que les souleveurs de mots deviennent aptes à soulever n’importe quoi, la parole et les phrases en vrai, les vrais gestes qui se voient, n’importe quelle création, n’importe quelle transmission, un livre, un film, une musique, une peinture. Peut-être que les souleveurs de mots soulèvent tout, questions, coins de rideau, jupes, foule, doutes.
 
A la fin sans doute, on ne saurait plus vraiment ce qui est important, ce qu’on a trouvé sous les mots, les lignes ou la musique, ce qui est vraiment exprimé, sans qu’on ait besoin de soulever un truc ou un autre. On arrêterait de soulever toutes ces choses aussi souvent parce que ça serait devenu absurde, on ne croirait plus qu’il y a en dessous un trésor si important.
 
Un jour peut-être on en aurait un peu ras le bol d’être absent, même sans bien connaitre ce qui peut remplacer cette absence. On s’absenterait de l’absence pour retrouver les présences. Il suffirait de s’approcher, dire bonjour ou autre chose pour ne pas avoir l’air complétement idiot. Peut-être que ça ne marcherait pas parce qu’on a été absent trop longtemps, qu’on est trop vieux, les carottes sont cuites, il est trop tard, le rythme n’est pas bon, le temps inapproprié. Mais peut-être que ça marcherait.
 
A mon avis, un ancien habitant de l’absence qui s’en est sorti gardera toujours quelque chose d’indécrottable qui y reste attaché, un accent, des manies, une façon de ne pas écouter et d’écouter quand même, une capacité à la fuite, en quelque sorte. On accepte de quitter l’absence quand on sait qu’on pourra la retrouver où qu’elle soit, dans n’importe quelle condition, n’importe quel état.
 
La présence et l’absence sont comme les deux faces d’un miroir. Etre un absent présent ou une présence absente, pour toujours, on dirait que ça revient au même. Est-ce que quelqu’un qui est là sans y être, c’est mieux que quelqu’un qui n’est plus là mais qui remplit tout ? Quand le hasard est distrait, quelque fois, quand il ne fait plus attention, on peut vivre avec les deux, la présence et l’absence.
 
 J’ai relevé mes mots sans honte, pas de risque que je baisse mon froc, aucun risque de malveillance si un souleveur de mots était là. 

myriam eyann

 
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Humeur

Clopin-clopant tout bascule en son propre contraire, et c'est grâce à cela que le monde ne cloche pas.

Bohumil Hrabal, Une trop bruyante solitude

 

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